Un mangaka au tableau : le trait de Raphy réveille les crayons du collège Victor Schoelcher

Salon du Livre Jeunesse des Savanes 2026 — rencontre et atelier manga du lundi 12 octobre

Au tableau, un seul mot, en capitales : MANGAKA. Devant lui, un homme, un feutre, et une classe entière suspendue à son trait. Lundi 12 octobre 2026, le dessinateur martiniquais Raphaël Desilap, alias Raphy, invité du premier Salon du Livre Jeunesse des Savanes, est venu au collège Victor Schoelcher dire ce que c’est que de vivre de ses cases et de ses bulles — puis il a tendu le crayon aux élèves.

Kourou

Mis à jour le lundi 12 octobre 2026 , par Gilles FDC

Un métier qui se raconte avant de se dessiner

Il y a des visiteurs que l’on écoute poliment, et ceux que l’on assaille. Raphy fut de ceux-là. L’auteur de Leezando est d’abord venu parler : de ce qu’est un manga, de ce qu’est un mangaka, des heures penchées sur la planche, des pages que l’on recommence, des doutes qui précèdent le trait juste — et de la joie, enfin, de voir son héros prendre corps sous la couverture d’un livre.

Les élèves n’ont rien laissé passer. Comment naît un personnage ? Combien de temps pour une page ? Peut-on en vivre ? Par où commence-t-on ? Les mains se sont levées, les questions ont fusé, l’artiste a répondu à toutes, sans détour et sans fard. Sur les tables, ses planches en noir et blanc passaient de main en main : onomatopées en rafales, regards en gros plan, cases qui éclatent — la preuve par l’encre qu’une histoire née dans la Caraïbe peut tenir tête aux grandes sagas venues du Japon.

Un ovale, une croix, un regard

Puis la parole a cédé la place au geste. Sur le tableau blanc, Raphy a tracé un ovale. Une ligne verticale, deux horizontales : la charpente d’un visage. Rien de magique, a-t-il montré, tout de méthodique. Viennent ensuite les yeux — de face, de profil, plissés, grands ouverts —, car c’est là, dans le manga, que loge toute l’émotion d’un personnage.

La classe a suivi chaque étape, puis s’y est risquée. Beaucoup étaient venus avec leur matériel, trousses ouvertes et crayons taillés, comme on vient à un rendez-vous attendu. Feuilles blanches, gestes hésitants d’abord, plus sûrs ensuite : sous les mines, les visages sont apparus, un à un, chacun avec son caractère.

Le contraire de la pusillanimité

Le hasard fait bien les choses. Sur le mur de la salle, le « mot de la semaine » affichait ce jour-là : la pusillanimité — ce manque d’audace qui retient la main avant le premier trait. La classe en a écrit l’antonyme en silence, crayon levé. Oser une ligne, la rater, la reprendre : c’est toute la leçon d’un métier, et c’est peut-être, pour quelques-uns, le commencement d’une vocation.

Montargue, ou le livre porté à bout de bras

Derrière cette rencontre, il y a une association du Bourg de Kourou : l’Association Sportive et Culturelle Montargue (ASCM). Depuis des années, ses bénévoles y tiennent le « Point Livre du Bourg », lieu d’accueil où les enfants du quartier viennent lire, emprunter, faire leurs devoirs — ou simplement se poser et parler. Tous les deux ans, elle offrait au territoire une « fête du livre et des arts ». En 2026, la fête a changé d’échelle : elle est devenue le premier Salon du Livre Jeunesse des Savanes.

Le salon est itinérant, et c’est là sa belle idée : plutôt que d’attendre les lecteurs, il va les chercher. Une semaine à Sinnamary, Iracoubo et Saint-Élie ; une autre à Kourou, du 10 au 19 octobre. Rencontres d’auteurs, tables rondes, lectures publiques, ateliers d’écriture, de bande dessinée, de manga, de calligraphie, de poésie : le livre y quitte ses rayonnages pour entrer dans les classes et s’asseoir à la table des familles. L’association résume son ambition en trois verbes : « faire lire, faire écrire, faire créer ». Elle veut faire de ce salon le « cœur battant » d’une émulation autour de la lecture en pays des Savanes.

La Cité Éducative aux côtés du salon

La Cité Éducative de Kourou soutient ce premier salon au titre de son appel à projets 2026. L’action en sert deux ambitions — conforter le rôle de l’école, ouvrir le champ des possibles — et l’objectif de favoriser l’éveil culturel de la jeunesse.

Ce lundi, au collège Victor Schoelcher, le possible avait la forme d’un ovale tracé au feutre — et d’une salle entière penchée sur sa feuille.

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